Mon premier souvenir photographique est un portrait de moi, petit enfant, debout sur le divan tenant nerveusement l'étui en cuir de l'appareil prenant la photo. Derrière la caméra était mon oncle, missionnaire dans le Grand Nord québécois et parce qu'oblat et non-jésuite, était dans un état permanent d'abattement. Un traumatisme (celui de mon oncle) est peut-être à l'origine de ma carrière, qui sait, car je m'agrippais si fort à cet étui qui tel un bouclier faisait écran entre la fêlure de l'homme et l'inquiétude de l'enfant qu'une filiation du naître ce jour-là.
Et puis la photographie s'est installée à demeure à l'adolescence, d'abord attirée par le clinquant de sa quincaillerie (via un Minolta SRT 101), puis, surtout, par son pouvoir de séduction, et c'est sans parler de la chambre noire, quelle belle invention ce fut avec ses exhalations d'acide, toujours très populaire auprès des jeunes gens.
Je pratique la photographie depuis plus de 30 ans en dilettante puis professionnellement à partir de demain, et malgré des études en Beaux-Arts à l'U.Q.T.R et en cinéma à l'Université Concordia de Montréal, elle fut le premier amour et le demeure toujours.
Jacques Lesage vit et travaille à Montréal, Québec, Canada.